mercredi 25 mai 2011

Une semaine au Cambodge (avec carte des conflits)

Angkor Wat, 13è s.
La dernière semaine des grandes vacances (de mars à mai), nous l'avons passé au Cambodge sur le fameux site d'Angkor.

détail d'une tour du temple du Bayon, roi Jayavarman VII Angkor Thom, 12è s.
Le Cambodge est le voisin de l'est des Thaïlandais. La Thaïlande n'entretient pas toujours de bons rapports avec ses proches voisins malgré une homogénéité culturelle. Même aujourd'hui il subsiste des tensions, voire de réels conflits au niveau des frontières. Dans le cas de la Thaïlande et du Cambodge, le conflit porte sur une mésentente concernant le tracé de la frontière au niveau d'une jungle dense et d'un site religieux et archéologique. Chaque parti invoque ses arguments concernant le tracé : celui de la reconnaissance officielle de la communauté internationale pour le Cambodge, et celui, plus personnel, des politiques thaïlandais invoquant un tracé difficile à "voir" puisque balisé à l'époque antédiluvienne du GPS...

Nous ne dévoilerons pas notre avis personnel pour que notre blog ne soit pas censuré depuis notre pays d'accueil par une politique, toujours plus dure à ce niveau, qui protège les intérêts de l'armée et la famille royale (95% des accusations de crime de lèse-majesté débouchent sur des condamnations allant de 3 à 15 ans de prison même pour les étrangers ; source Reporters Sans Frontière : http://fr.rsf.org/surveillance-thailande,39700.html ; indice de corruption : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/actu-en-bref/66650-corruption-la-thailande-stagne-revele-transparency-international.html), mais nous pouvons vous exposer le point de vue des cambodgiens de la rue qui diffère quelque peu des info diffusées chez nous et chez vous.

temple de la montagne Phnom Kulen
femme et rizière
Pour résumer et édulcorer le discours de notre guide, l'ancien premier ministre thaïlandais Thaksin, à l'origine du mouvement des chemises rouges (parti du peuple) et notamment propriétaire d'entreprise de téléphonie l'ayant rendu milliardaire, distribuait au passage une partie de ses revenus à la population pour accroître sa popularité et donc son pouvoir, rien de tellement original. Cette popularité accrue n'était semble-t-il pas celle des autorités puisqu'elles ont invoqué le fait que Thaksin ait accepté un tracé de la frontière Cambodgienne moins favorable en terme d'espace pour la Thaïlande (quelques dizaines de kilomètres carrés de jungle avec un vieux temple en pierre au milieu) pour l'éjecter et lui faire confisquer la moitié de sa fortune, acquise selon les autorités de manière frauduleuse (détournement de fonds publics, comme s'il n'y avait jamais eu que lui). D'où l'exil forcé il y a trois ans de ce fameux Thaksin au Cambodge.


La révolte armée des chemises rouges en 2010 à Bangkok et le long siège qui s'en suivi ainsi qu'une persécution constante des autorités m'étaient encore vivement contées et les détails de l'oppression dévoilés le temps d'une course par un chauffeur de tuk-tuk le mois dernier. Thaksin parti, entre Londres et le Moyen-Orient, le conflit à la frontière est devenu meurtrier comme chacun le sait.

temple de Thommanon, Angkor
 Aujourd'hui le Cambodge fait appel à la communauté internationale, et notamment à des avocats français ( les deux pays entretiennent depuis de très longues années d'excellents rapports) pour tenter de régler ce conflit. Le Cambodge a même sollicité l'arbitrage d'un pays voisin, l'Indonésie, pour sortir de l’hécatombe mais l'affaire est au point mort ( 18 tués : http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20110509-le-conflit-thailande-cambodge-met-lumiere-faiblesses-asean).

visage pris par les racines de fromager, temple de Ta Phrom, Angkor

Il faut savoir que le Cambodge est devenu plus particulièrement touristique vers 2004, juste après la chute des Khmers Rouges en 1998. On voit les ravages de la guerre un peu partout si l'on est un peu observateur : impacts de balles dans certains murs du site, à l'époque investi par les militaires, et des conséquences visibles de la malnutrition : taille plus petite des cambodgiens par rapport à leurs voisins... de ce que j'ai pu observer sans être médecin. Et surtout un regard légèrement triste, même chez les jeunes qui n'ont pas connu le régime des Khmers Rouges, dont les atrocités récentes du point de vue de l'Histoire sont sans doute véhiculées sous forme d'histoires familiales, ce qui joue sans doute subtilement sur l'atmosphère. Je m'arrêterai là sans prendre trop de risque quant aux interprétations, mais il y a réellement une différence de comportement entre les thaïs qui n'ont jamais été colonisés et qui n'ont jamais vraiment connu de guerre sur leur territoire de mémoire d'homme, et leurs voisins cambodgiens : le poids de l'Histoire sans nul doute.

enfant ramassant des baies comestibles 
Le pays reste très pauvre et un des plus corrompus de la planète avec l'exploitation de ses ressources archéologiques, forestières et minières ainsi que certains trafics animaliers ou de produits illicites qui transitent via la Thaïlande. La monnaie y est très faible : il faut déjà 43 baths (Thaïlande) pour faire 1 euro, mais il faut 100 riels pour faire 1 bath. On paie la grande partie du temps en dollars Américains (3800 riels pour 1 USD).

enfants jouant
Le site archéologique d'Angkor se tient autour de la ville de Siem Reap, au nord-ouest du Cambodge, et situé à plus de 200 km de la frontière nord où se situe le conflit entre les deux pays. Nous sommes arrivés, de plus, par l'ouest depuis Bangkok, par train et taxi, et n'avons donc rien relevé d'anormal. Le visa se fait à la frontière pour 1000 baths (23€) en 5 minutes et il n'y a pas eu de fouille ni de rayons X de ce côté-là.
Différents tarifs de passe existent pour se rendre sur le site d'Angkor : 20$ la journée ou 60$ pour 7 jours et valable un mois.

temple du Bayon, Angor Thom
Un millier d'années nous contemplent depuis les plus vieux rocs des temples et des palais à travers les innombrables statues et bas-reliefs retraçant tour à tour les guerres, les croyances et les détails de la vie quotidienne.

temple du Bayon, vue générale, Angkor Thom
fresque, temple du Bayon, Angkor Thom
fresque, temple du Bayon, Angkor Thom

En une semaine, nous avons pu voir les vestiges les plus importants des sites d'Angkor Wat et d'Angkor Thom.

temple de Ta Phrom pris par les racines de fromagers
Le meilleur moyen de visiter le site est sans doute de louer des vélos (de 1 à 5 $ la journée). Le site est très plat et offre la liberté d'arpenter de nombreuses routes et pistes qui serpentent entre les quelques 40 principales constructions de pierre.
pas trop de voitures
 Notre guide a eu la bonne idée de nous emmener partout aux meilleures heures, celles où il y a le moins de foule, ce qui m'a permis de prendre des photos vierges de touristes.


Chacun des bâtiments est richement ornementé. Ils ne datent pas tous des mêmes époques et les constructions ordonnées par différents monarques datent d'entre le 9è et le 16è siècle.

scène mythologique temple de Bantay Srey 10è s.
scène mythologique, Bantay Srey, 10è s.
temple de Bantay Srey, 10è s.
Apsaras, les danseuses sacrées, Angor Wat, 13è s.
Nous avons quitté la ville de Siem Reap pour partir vers le très grand lac de Tonlé Sap au sud de la ville. Sur les rives de ce lac de 2.500km2 à la période sèche et de 12.000km2 km à la mousson (le plus grand lac d'eau douce d'Asie), vit jusqu'à un quart de la population du Cambodge, selon la saison, répartie en centaines de petits villages flottants.
à majorité bouddhiste, on retrouve des missions catholiques jusque sur le lac

une école de village
une classe dans l'école flottante
enfants jouant dans l'eau du lac
Les maisons se déplacent au gré du niveau des eaux, reculant parfois de plusieurs centaines de mètres pendant la saison des pluies en novembre. 100 variétés d'oiseaux s'y ébattent, et 200 espèces de poissons y prospèrent. Ce lac est la principale ressource en protéines consommées par les cambodgiens.

on élève ici des crocodiles pour la consommation des thaïs et des chinois
de nombreuses cabanes à pèche sont montées sur le lac
famille sur un coin de pèche
Nous nous sommes enfoncés un petit peu dans la jungle pour découvrir des sculptures sur les roches aquatiques des cascades et parfois à même le fond des rivières.

ces petites vasques, appelées lingas, sculptées dans la pierre servaient à purifier l'eau pour les usages religieux
on reconnait les origines vishnuistes et shivaïstes
le dieu Vishnu protégé par un serpent Naga
Nous terminerons cette visite par le plus célèbre joyau d'Angor : le temple d'Angor Wat.

bâtiment central du temple
fresque représentant une guerre, 14è s.
une bataille, 14è s.
Shiva
La fresque la plus célèbre est sans doute celle qui représente la barattage de la mer de lait. Au centre du vortex et debout sur une tortue, Vishnu, le dieu créateur, tient un Naga, serpent mythique, tiré tour à tour par les dieux, à gauche, et les démons, à droite, pour faire sortir de cette mer l'élixir d'immortalité.


le côté des dieux tirant sur le Naga ; en haut, des anges, en bas, des poissons
Apsaras, danseuses sacrées
Ce voyage nous a beaucoup plu de par son authenticité et la préservation de son patrimoine... ce qui tranche avec le sud de la Thaïlande.


Pour ceux que cela intéresseraint de se joindre à nous, nous gardons dans un coin de notre tête de tenter de remonter le Mékong de Phnom Phen à la frontière du Laos en vélo.

carte du Cambodge avec zones de conflits avec la Thaïlande

Nous rentrons en France en août, à bientôt donc.


1 commentaire:

  1. Bonjour à vous deux,
    tomber un peu tard sur votre blog, je viens voir si votre projet de vélo cambodge /Laos est toujours en vu ou bien si vous l'avez déjà effectué ?

    merci et bravo pour ces belles images

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