jeudi 18 mars 2010

Travailler (ou pas) pour son diplôme de fin d'année



La fin de l'année est arrivée, et avec elle, le signal pour certains élèves de passer au niveau supérieur. Deux niveaux ont dû participer à des examens afin de passer dans la classe au-dessus : les Mathayom 3 (niveau seconde) et Anouban 3 (CP). La remise des diplômes donne lieu à une grande cérémonie avec tout ce qu'il faut de discours, de salutations au portrait du Roi et de révérences en tout genre dans la salle de réception du grand hôtel de la ville, mais nous y sommes déjà habitués.


Les parents, les professeurs et le représentant local du ministère de l'éducation sont conviés à y participer.


Pour les élèves de Mathayom 3 ayant tout juste fini leurs examens, c'est l'heure du départ dans un autre établissement. La plupart de ces élèves ont effectué toute leur scolarité dans notre établissement et, le temps passant, un lien naturel et fraternel se crée entre les élèves et les professeurs qui les ont vu grandir. Ce moment est donc aussi le temps des adieux, amenant avec lui son lot d'intenses émotions de part et d'autre.


Nous avons été touchés par l'attitude sincère des élèves lors du moment précis des adieux, auquel nous avons participé, le moment où l'élève, à genoux, posant respectueusement sa tête sur les genoux du professeur attend de sa part un ultime conseil, un compliment ou un encouragement pour l'avenir quand celui-ci impose symboliquement sa main sur sa tête (chose rare car partie noble et intime). Pour finir, le professeur reçoit de son élève une rose rouge comme témoignage de sa reconnaissance.


Avant de partir, chacun des 400 élèves reçoit fièrement et respectueusement  son petit diplôme de la main du représentant de l'État sous le regard admiratif des parents. Il nous a semblé que, dans notre pays, ce type de cérémonie manquait un peu lors de l'obtention du brevet des collèges et du baccalauréat avec lesquels on nous bassinait chaque jour de notre scolarité : un nombre à virgule au bout de notre nom discrédite finalement l'importance du diplôme.


Ici ce serait plutôt l'inverse. Trois semaines avant cette cérémonie, j'ai été surpris par la mise en place à l'école de plusieurs répétitions visant à entrainer les élèves de ces niveaux à saluer correctement et à recevoir poliment et cérémonieusement leur diplôme.

 
-Mais, tous les élèves y participent ? même ceux qui échoueront aux examens, ai-je demandé naïvement ? Je n'ai compris que plus tard qu'il n'y avait pas d'échec scolaire ni de redoublement. Si un élève ne parvient pas à obtenir une note suffisante, il repasse sans cesse une sorte de rattrapage, quitte à lui donner son diplôme.
-Mais alors, les bons comme les mauvais élèves auront le même diplôme, qu'ils le méritent ou pas ! Oui, m'a-t-on répondu.
Et j'ai, du coup, tout de suite compris pourquoi dans un même niveau, les élèves sont répartis en fonction de leur excellence : effectivement la meilleure classe a des années lumières d'avance sur la plus mauvaise, et cette dernière n'empêche pas la première de travailler.
Quelle est,alors, la valeur du diplôme, me demanderez-vous ? Aucune. Seule la cérémonie en a pour que chacun (élèves, professeurs et établissement) fasse bonne figure et passe à autre chose.
Mais, pour trouver un emploi, il faut de bonnes notes, me direz-vous. Oui, d'où la valeur du relevé de note, mais la plupart des élèves marcheront sur les traces de leurs parents reprenant ainsi un commerce ou obtenant un coup de pouce pour un poste.
J'ajouterais même que, pour un même âge, les élèves français et thaïs se valent en tout point, l'éducation française faisant aussi les frais de sa propre hypocrisie.

En Thaïlande, il n'y a pas de "pôle emploi", avec un taux de chômage de 3% ce n'est nullement nécessaire. Les Thaïs ne sont pas dans une logique de compétition, et si on a de quoi manger, l'avenir se résume à demain. C'est un système politique basé sur un conformisme à toute épreuve qui engendre un peuple très docile, peu enclin au changement quel qu'il soit et qui baigne donc dans un climat social paisible.


La fin de la cérémonie sonne, c'est pour nous l'heure du départ pour presque 3 mois de vacances.

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